• PARENTALITÉ

    18/11/2019

    L'arrêt de la tétine

    L'arrêt de la tétine

    Astuces et conseils pour aider l’enfant
    à se séparer de sa tétine

     

    Questions à Audrey Prat, psychologue en crèche

     

    La tétine, la tototte, la sucette… à quoi ça sert ?

    Le bébé naît avec la capacité réflexe de téter pour lui permettre de s’alimenter efficacement dès les premières heures de sa vie. Les autres fonctions de la succion, que l’on nomme « non nutritives », sont d’apaiser les douleurs et de réguler la quantité de stimulations reçues par le système nerveux. Il est donc essentiel que le bébé puisse satisfaire son besoin de succion. La tétine est un outil parmi d’autres. Elle n’est pas un objet incontournable, bien qu’on la retrouve souvent sur la liste des maternités, mais elle est d’une efficacité redoutable !

    La tétine est-elle préférable au pouce ?

    Je ne pense pas que la tétine soit préférable au pouce, ou inversement. Les arguments des parents ayant une préférence pour la tétine et ceux des parents préférant le pouce se valent. L’objectif de chacun est le même : apaiser l’enfant. Les parents ayant eu recours à la tétine pointent souvent les aspects pratique et hygiénique. Le nouveau-né peut mettre un certain temps avant de coordonner ses mouvements et réussir à glisser et maintenir efficacement le pouce dans sa bouche. Alors qu’avec la tétine, c’est l’adulte qui décide. Elle se change et se lave autant de fois qu’on le souhaite.

    Un autre avantage certain de la tétine est que vous pouvez accompagner précocement votre enfant sur une utilisation encadrée. Il est plus facile de détacher physiquement un enfant de sa tétine que de son pouce ! Il en est de même pour l’arrêt définitif : impossible d’envoyer son pouce sur Tétinius*, ils n’y acceptent que les tétines !

    Quels sont les inconvénients de la tétine ?

    Donnée trop précocement, la tétine nuit souvent à l’allaitement car il ne s’agit pas du même type de succion. Le nouveau-né peut avoir des difficultés à passer d’un type de succion à l’autre. Il est donc conseillé d’attendre que l’allaitement soit bien installé pour proposer la tétine.

    La première année du bébé, le pouce a l’avantage sur la tétine la nuit. Il est fréquent d’entendre les parents dire qu’ils se sont levés plusieurs fois par nuit pour redonner la tétine que l’enfant ne sait pas encore remettre seul, a perdu ou volontairement lancé hors du lit. Alors qu’une fois trouvé le chemin menant le pouce à la bouche, l’enfant se rendort plus facilement seul.

    Mais à long terme, le risque principal de la tétine est qu’elle devienne la première réponse à tous les maux de l’enfant. On s’en servirait alors un peu comme un bouchon qui viendrait faire taire rapidement tous les pleurs. Il est important de laisser à l’enfant le temps d’exprimer sa colère, sa tristesse, sa faim, sa fatigue. En crèches, les équipes travaillent dans ce sens. Les professionnelles de la petite enfance se posent ces deux questions : « Que veut l’enfant ? Puis-je lui apporter ? » Si la réponse à la deuxième question est non, la tétine est donnée à l’enfant pour l’aider à s’apaiser. Sinon, le professionnel apprend à l’enfant qu’il existe d’autres manières de se calmer que la succion.

    Quel est le bon âge, le bon moment pour arrêter la tétine ?

    Vous pouvez faire prendre très tôt de bonnes habitudes à l’enfant et penser une utilisation encadrée et raisonnée de la tétine. Chacun trouvera le bon moment pour encourager son enfant. Mais idéalement, la date limite de consommation devrait être trois ans !

    Comment arrêter la tétine ?

    Le plus important est de suivre le rythme de l’enfant ! Si l’enfant sent ses parents convaincus de sa capacité à arrêter et disponibles pour l’accompagner dans ce sevrage, le déclic peut avoir lieu rapidement.

    Avant deux ans, Il s’agit de remplacer une habitude par une autre. L’enfant raisonne comme un statisticien ! Pour comprendre comment le monde fonctionne, il tire des conclusions des événements les plus fréquents. Par exemple : « je pleure, on me tend les bras, on me donne ma tétine et je m’apaise ». Si on ne lui tend que les bras, l’enfant réclamera sa tétine. Après plusieurs répétitions de cet événement, il réajustera ses conclusions.

    Après deux ans, en plus de perdre une habitude, il s’agit de faire grandir l’enfant. C’est d’ailleurs la période où il veut tout faire tout seul. Il faut se servir de cette envie, le valoriser sur ses progrès. En d’autres termes, c’est dire à l’enfant qu’il a appris à faire tellement de choses de grand que l’arrêt de la tétine est tout à fait dans ses cordes !

    Si passé trois ans, quatre ans, l’enfant n’a toujours pas arrêté la tétine, faut-il envisager un sevrage « brutal » (jeter sa tétine, ne pas remplacer une tétine perdue ou abîmée) ?

    « Brutal » et « enfant » dans la même phrase ne font jamais bon ménage ! Si passé trois ans, l’enfant résiste toujours, mieux vaut continuer à son rythme tout en réfléchissant au soutien ferme mais bienveillant qu’on peut lui apporter. Vous parlez de ne pas remplacer une tétine perdue ou abîmée. On pourrait voir la perte d’une tétine comme un acte manqué, une manière inconsciente pour l’enfant de dire : « Je n’en ai plus besoin, aidez-moi à arrêter ! »

    On peut aussi se demander si la tétine n’est pas la dernière amarre qui retient l’enfant au monde des tout-petits ? Ou y en a-t-il d’autres ? Cela revient à interroger son niveau d’autonomie. Que sait-il faire seul ? Cherche-t-il à faire de plus en plus de choses par lui-même ? Quelles sont les situations où l’on fait à sa place alors qu’il serait en âge de le faire seul ? L’encourager sur tous les petits actes du quotidien, c’est lui permettre de prendre une place de grand. Le livre des Éditions Zèbre et Colibri en parle bien. Si l’enfant veut devenir un grand, il faut qu’il laisse sa tétine. Lui-même se rend compte qu’il ne souhaiterait pas vivre dans un monde d’adultes à tétine !

    Que faire si l’enfant redemande sa tétine ?

    S’il s’agit d’une règle (par exemple « la tétine reste dans le lit ») posée par le parent pour aider l’enfant à réduire l’utilisation de la tétine, moins il y aura d’exceptions, plus vite l’enfant comprendra la règle et l’intègrera à son nouveau mode de vie. S’il s’agit de l’arrêt définitif, alors il ne peut y avoir d’exception ! Si on en faisait une, ce serait comme apprendre à l’enfant que « définitif » veut dire « si tu cries suffisamment fort ou suffisamment longtemps, l’action est réversible » !

    Comment gérer et ne pas craquer les jours qui suivent l’arrêt définitif de la tétine ? Et plus particulièrement au moment du coucher ?

    Comment gérer et supporter les potentielles crises de l’enfant ? On s’en fait tout un monde mais les crises liées à l’arrêt de la tétine font partie des milliers de crises déjà traversées par les parents. Les crises des coliques, celles des dents, celles des maladies, les crises d’opposition, celles liées à la faim, à la fatigue, aux frustrations… Les crises vont et viennent, mais aussi pénibles soient-elles, elles ne durent pas ! Par ses cris, l’enfant exprime tout simplement sa colère, sa frustration, sa tristesse. Et c’est important qu’il puisse être entendu. Ses cris peuvent aussi dire « c’est dur ! Je ne suis pas sûr d’y arriver ». Il a besoin de se raccrocher aux certitudes de ses parents. Alors, courage, patience et persévérance !

    Avez-vous quelques astuces pour aider les parents à accompagner l’enfant dans sa décision ?

    Certains enfants arrêtent du jour au lendemain à l’aide de rituels symboliques comme donner sa tétine au Père Noël, faire comme le héros de son livre et l’envoyer sur Tétinius. D’autres ont besoin de plus de temps et d’étapes avant de quitter leur tétine. Ils peuvent avoir besoin d’entraînement (réduire en douceur) ou qu’on leur parle des avantages d’une vie de grand. Que feront-ils dans leur future vie sans tétine qu’ils ne peuvent faire maintenant (aller au cinéma ou dans un parc d’attraction, monter à cheval…) ?

    Dans les deux cas, proposer des livres sur la thématique est une bonne entrée en matière. Par l’histoire, l’enfant comprend que d’autres vivent la même chose. Il s’identifie au personnage. L’histoire déroule un scénario qui envisage une ou plusieurs solutions. On peut alors ouvrir la discussion avec son enfant : lui parler de l’attitude du protagoniste, lui demander s’il trouve qu’il a eu une bonne idée, si lui aussi voudrait faire pareil. Si la question l’intéresse, il demandera probablement à la relire, encore et encore !

     

    À lire également :

    L’article de Cool Parents make Happy Kids

    L’article d’Hapsatou Sy

    Les livres personnalisables de la collection « Petit à petit » sont disponibles sur le site des Éditions Zèbre et Colibri

    Les titres déjà parus :

    *Livre personnalisable La tétine dans la collection « Petit à petit » aux Éditions Zèbre et Colibri / Texte : Jeanne Favre-Gilly – Illustrations : Gwé – Astuces et conseils aux parents : Audrey Prat

Suivez-nous !

ABONNEZ-VOUS
À LA NEWSLETTER

Pour recevoir l’actualité et les promotions de Zèbre et Colibri

Suivez-nous !

ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER

Pour recevoir l’actualité et les promotions de Zèbre et Colibri

Ajouter un commentaire