• PARENTALITÉ

    25/11/2019

    Pourquoi les enfants ont-ils peur du noir ?

    Pourquoi les enfants ont-ils peur du noir ?

    Astuces et conseils pour aider l'enfant à vaincre ses peurs nocturnes

     

    Questions à Audrey Prat, psychologue en crèche

     

    Quelles sont les angoisses les plus fréquentes qui surgissent le soir chez les jeunes enfants ? Et pourquoi ces peurs se manifestent-elles toujours au moment du coucher ?

    Au moment du coucher, la peur la plus fréquemment exprimée par les enfants est celle du noir. Dans l’obscurité, chaque enfant va se représenter ses peurs de manière plus précise. Bien souvent, elles prennent la forme de monstres, de sorcières ou d’animaux menaçants comme le loup et le serpent.

    C’est très malin de la part des enfants ! Ils ne savent pas expliquer ce qu’ils ressentent  dans leur tête et dans leur corps, ni pourquoi ils ont ces sensations désagréables en eux. En les symbolisant, en leur donnant vie, ils cherchent tout simplement les moyens de les vaincre. En chassant le loup, ils surmontent ainsi la peur d’être seuls ou de se laisser aller dans le sommeil.

    Les peurs se manifestent au moment du coucher parce que dans l’obscurité, l’enfant perd ses repères. Contrairement à l’adulte qui a appris à se créer des images mentales positives et qui peut mettre à distance ses angoisses, l’enfant peut vite se laisser déborder par son imagination. La partie de son cerveau qui l’aide à rationnaliser n’est pas encore totalement opérationnelle. Il traite alors les informations uniquement à l’aide de son cerveau émotionnel. Enfin, le sommeil est synonyme de séparation d’avec les parents, d’avec le milieu sécurisant : « Que peut-il m’arriver si je suis tout seul ? Est-ce que si j’ai un problème je pourrai le résoudre seul ? Viendra-t-on à mon secours ? »

    Pourquoi les enfants ont-ils peur du noir ?

    La peur est une émotion protectrice. Les enfants doivent éprouver de la peur pour renforcer leur capacité à se protéger des dangers réels : éviter le feu de peur de se brûler, prendre garde en traversant la route de peur de se faire renverser…

    La peur est aussi une émotion constructive. Avoir peur aide à grandir. En osant se mesurer à leurs monstres et en réussissant à les vaincre, les enfants développent courage, confiance et estime de soi.

    Cet imaginaire devient encore plus fertile lorsque l’enfant se trouve seul dans l’obscurité de sa chambre. Il lui est alors difficile de distinguer la réalité du fruit de son imagination. Finalement, les enfants n’ont pas tant peur du noir que de la solitude et de ce qui pourrait se passer dans une chambre aux repères modifiés par la pénombre.

    La peur du noir et plus largement les peurs nocturnes (peur des monstres, du loup, etc.) touchent-elles beaucoup d’enfants ?

    Oui, les peurs touchent tous les enfants. Mais les formes qu’elles vont revêtir, leur intensité et leur fréquence diffèrent beaucoup d’un enfant à l’autre. Cela tient à plusieurs facteurs : le tempérament de l’enfant, les événements de vie qu’il traverse et a traversés, mais aussi à l’attitude des parents. Quand ces derniers restreignent ses activités parce qu’il pourrait se faire mal, ils transmettent à l’enfant une vision d’un monde dangereux ou lui renvoient l’image de son incapacité. L’enfant sera alors plus facilement peureux. À l’inverse, quand des parents favorisent l’exploration libre tout en assurant un cadre sécurisant, l’enfant apprend à développer ses propres ressources. Il aura plus facilement confiance en lui.

    À quel âge se manifestent les peurs nocturnes ?

    Les peurs du soir apparaissent généralement autour de deux ans. C’est une période très riche psychiquement. Le langage se développe rapidement et il est un bon indice de la capacité de l’enfant à penser, à imaginer, à se questionner sur le monde qui l’entoure et son fonctionnement. L’enfant est de plus en plus curieux mais ne gère pas encore toutes les émotions que cela lui suscite.

    Comment les parents doivent-ils réagir face à ces peurs irrationnelles ?

    Ces peurs ne font effectivement pas partie du domaine de la raison. L’enfant ne se construit pas de raisonnement l’amenant consciemment à voir le monstre. Il vit sa peur, ses craintes à travers la figure d’un monstre. Tenter de prouver par a+b à son enfant que le loup ne peut pas se trouver sous son lit n’est pas efficace. Il pourrait se sentir encore plus seul face à sa peur car on ne comprend pas à ce moment-là son langage. Il ne s’agit pas non plus de plonger corps et âme dans son imaginaire en alimentant sa croyance. L’enfant a besoin d’être pris au sérieux tout autant que nous aimons être considérés lorsque nous exprimons une difficulté. Tous les enfants passent par cette étape. Nous, enfants devenus adultes, avons réussi à nous en sortir. Rappelons-nous ! De quoi avions-nous peur ? Comment avaient réagi nos propres parents ? Quels outils nous avaient aidé ? Les réponses à ses questions peuvent apporter des pistes intéressantes pour accompagner son enfant.

    Comment aider les enfants à vaincre et apprivoiser leur(s) peur(s) nocturne(s) ?

    Pour certains, il faudra les encourager à acquérir plus d’autonomie. Les peurs du soir s’apprivoisent aussi dans la journée ! En se sentant de plus en plus capable de faire comme les grands, l’enfant est plus à même de combattre ses monstres. On peut aussi s’interroger sur la capacité de l’enfant à s’occuper seul au moins cinq minutes. S’il a constamment besoin de la présence de son parent, c’est sur l’autonomie affective qu’il faudra l’accompagner.

    Pour les autres, les trucs et astuces vieux comme le monde suffiront à les aider :

    - La veilleuse ou le ciel étoilé apporte une source lumineuse suffisamment apaisante pour certains enfants.

    - La porte ouverte permet de maintenir le lien avec les parents.

    - Le spray repousse-monstres ou le grigri protecteur peuvent être aussi efficaces. C’est l’occasion de questionner l’enfant sur sa peur et de chercher avec lui les moyens de s’en débarrasser. Il aura sûrement plein d’idées créatives, c’est un bon moyen de mettre à profit son imaginaire.

    - Les livres* lui permettront de trouver également des solutions. Il pourra s’identifier au personnage et reproduire les astuces du héros.

    Ces peurs nocturnes peuvent-elles perdurer ? Faut-il dans ce cas s’en inquiéter ?

    Généralement, les peurs du soir vont et viennent au gré des étapes de développement et des événements de vie (déménagement, naissance, entrée à l’école, deuil…) qui jalonnent la vie de l’enfant. Mais plus l’enfant grandit, plus il acquiert de ressources et de confiance en lui pour affronter ses peurs.

    Il ne faut pas hésiter à consulter si on constate que l’enfant exprime d’autres difficultés dans la journée (joue peu, se replie sur lui, est peu expressif…), soit quand on estime en tant que parent(s) que cela a assez duré et qu’on ne sait plus par quel bout prendre le problème. Quand on s’entend dire « On a tout essayé ! », c’est le bon moment d’en parler à un pédopsychiatre ou un psychologue pour qu’il vous aide à aborder le sujet sous un angle nouveau.

     

    À lire également :

    L’article de Parents

    L’article de Psychologies

    Les livres personnalisables de la collection « Petit à petit » sont disponibles sur le site des Éditions Zèbre et Colibri

    Les titres déjà parus :

    La peur du noir

    La tétine

    *Livre personnalisable La peur du noir dans la collection « Petit à petit » aux Éditions Zèbre et Colibri / Texte : Jeanne Favre-Gilly – Illustrations : Gwé – Astuces et conseils aux parents : Audrey Prat

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